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Renate Buser: TOKYO
L'œuvre " hybride " de Renate Buser participe de la photographie, du décor de théâtre et
du cinéma. Qu'elle dynamise une architecture en accrochant des photographies en angle
ou qu'elle crée une simultanéité spatiale impossible en retravaillant ses photos argentiques, ses travaux ne sont jamais de simples représentations, mais un champ d'expérimentation étendu visant à donner une dimension spatiale et temporelle à un médium en 2D.
C'est à Tokyo, où Renate Buser à séjourné quatre semaines, que les oeuvres exposées à
la Galerie Gisèle Linder sont " nées " - un terme certes inapproprié, dans la mesure où les photographies de l'artiste résultent d'un processus complexe (au sens premier du terme), qu'elle poursuit dans son atelier après avoir pris une photo in situ. L'artiste, qui dans son travail s'intéresse depuis des lustres à l'architecture et aux façades, ainsi qu'aux possibilités multiples de leur transformation perspective, a été inspirée par la cinétique de l'architecture tokyoïte. Elle y a découvert en vrai des utopies urbaines, telles que nous les connaissons
des décors de films comme Metropolis de Fritz Lang ou Blade Runner de Ridley Scott. L'horizontalité et la verticalité des architectures ultramodernes et des quartiers historiques, avec leurs dédales de ruelles, de niches et d'espaces intermédiaires intimement enchevêtrés, ont décidé de l'exposition TOKYO.
Un peu comme un " location scoot ", un repéreur, Renate Buser photographie des rues, des places et des bâtiments qui rappellent des lieux de tournage et qu'elle réutilise comme supports. Les photos originales possèdent déjà une dimension temporelle. L'artiste travaille en noir et blanc, avec un super grand angle et de longs temps de pause afin de fixer le maximum de détails sur la pellicule. Les instants fugaces, narratifs, ont été pris en couleur avec
un caméscope. De retour à l'atelier, l'artiste intègre des accessoires animés qui se dépla
cent " live " sur le fond photographique. Sa manière de travailler peut paraître archaïque à l'ère de Photoshop et des possibilités infinies du traitement numérique de l'image. Or c'est justement ce " faire " analogique de la composition, qui ne se cache pas et qui est incontrôlable jusqu'à un certain point, qui intéresse Renate Buser. Une fois agrandies à des formats de plusieurs mètres grâce à un procédé spécial, les photos sont adaptées à l'espace, soit accrochées de telle sorte que le plan horizontal (quasiment abaissé dans la photographie) court parallèlement au sol de l'espace d'exposition. Les individus et les animaux ont leur place dans l'espace photographique devenu décor: un rat monstrueux devant le marché aux poissons de Tokyo; un corbeau posé sur un câble électrique dans une ruelle - il
s'agit en réalité d'une barre montée devant la photographie et habilement dissimulée derrière les câbles -. Ces " tableaux vivants " ont ensuite été pris en photo, en couleur cette
fois, pour renforcer encore la relation distanciée du sujet et du fond. Avec ses montages, la photographe n'a nullement l'intention de nous tromper; le processus transparaît, certes au deuxième coup d'œil. On distingue encore par endroits l'espace réel derrière la photographie, ou les lignes de jonctions des tirages. De la même manière, les proportions légèrement décalées évoquent des instants surréalistes et exigent un deuxième regard.
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