Galerie Gisèle Linder
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Serge Hasenböhler

Laumière terrestre

Aujourd’hui, je vais dehors, je vais dans la forêt et j’emmène mon appareil photo parce que je veux ramener des souvenirs chez moi. Mais non, je laisse mon appareil à la maison, j’ai déjà trop photographié. J’emmène le scanner et j’essaierai ainsi de faire des images, comme cela, sans plans, sans idées préconçues.

Comment cela se passera-t-il? Le scanner a besoin d’être proche parce qu’il enregistre seulement lorsqu’il y a du mouvement, sa mécanique devant être activée comme un moulin - sans cela rien ne fonctionne. Je dois donc travailler avec le toucher, par conséquent il ne me reste rien d’autre que de mener l’appareil près du sol, ou le long des branches et des écorces ou des arbres coupés. Je ne vois rien, je n’ai pas de viseur comme j’en ai l’habitude avec mon appareil photo. Je photographie donc avec les mains à la place des yeux ; c’est beau. Je passe par-dessus les surfaces, je parcours la forêt.

Le scanner fait ce qu’il veut, c’est bien, je n’ai pas de décisions à prendre. Il interrompt l’enregistrement, il s’arrête lorsqu’une branche de travers interrompt le flux de mouvement et revient. C’est bien. Parfois l’accu fatigué interrompt son travail. Les couleurs ne sont pas importantes pour lui. Il fait simplement ce qu’on lui demande, jusqu’où il peut. De lignes, de couleurs, d’espaces il fait un document bi-dimensionnel composé de pixels, de lignes, de bandes, avec des fautes et des vides, des erreurs de calcul. Se créent ainsi plutôt des documents scientifiques, des scans qu’il stocke sur une smartcard. Des documents se créent de longueurs diverses, selon le déroulement du procédé de stockage. Ceux-ci paraissent plutôt comme des radiographies ou comme les premières images de la lune. Pas des images construites de manière académique, pas des constructions, mais simplement des documents précis, uniques et irrévocables.



SH. 2021